24/06/2014

Ecrivain...autrement

Ecrivain indépendant, j'écris des livres bien sûr. Mais je les édite moi-même après les avoir fabriqués à la main.

A l'écriture j'associe la parole. Cafés-lecture, ateliers d'écriture ou présentation de mes textes sont autant d'occasions de rencontres et d'échanges.

J'interviens dans des lieux aussi divers qu'une classe, une cantine d'entreprise, une médiathèque ou le salon d'un particulier.

Découvrez ici mon travail, donnez-moi votre avis et n'hésitez pas à me contacter pour toute forme de création littéraire.

Slam session autour du recueil "La rue" à la bibliothèque de Guise

slam,écriture,écrivain,auto-éditionDes paroles lancées vers la trentaine d'auditeurs.

Des sourires, des mouvements sur les notes de musique.

Des réactions spontanées et des échanges nourris

lors de la séance de dédicaces.

 

Un bon moment...

11/02/2014

Poésie

Ces textes sont protégés par un copyright. Toute utilisation autre que strictement personnelle doit donc faire l'objet d'une autorisation explicite de l'auteur.

© Van Gheluwe

 

   

La fille immobile

Une mer de galets

Des alignements de pieux

Le souffle des flots

Une crique.

Une fille assise, seule.

Lunettes noires, cheveux noirs, vêtements noirs

Peau blanche.

Ciel gris, mer d'acier

Et la fille immobile

Face à l'immensité.

 

Asile de nuit

Francine. Jeune, belle, distinguée.

Petit doigt levé, accent pointu et tortillant du cul,

S'assied devant une platée de légumes.

Air coincé, buste raide ;

La cuiller monte et descend rapidement.

Sourires crispés, coups d'oeil furtifs,

Tressaillements au moindre cri de la télé.

Francine, exposée à tous les dangers,

Connait la rue, l'errance,

La nuit dans les escaliers d'hôtel

A guetter le portier.

Elle raconte la police qui patrouille

Sans chercher à la protéger.

Elle parle, lucide et délirante,

Voyage entre fiction et réalité.

Elle perd la tête, Francine,

Devant son assiette vide.

 

Ali. Bon père, lèvres épaisses, visage simplet.

Grosses mains aux ongles noirs.

Il attend la soupe.

Il râle en se poussant

Pour laisser la place à un habitué.

Il clame son âge :

Quarante et un an,

Et regrette qu'on prenne les gens comme lui

Pour des idiots.

 

Lancelevée. « Un nom normand ! »

Annonce -t-il fièrement.

De longs cheveux blonds bouclés

Encadrent un visage dur.

Mais les yeux sont vitreux

Et la bouche pâteuse,

Sous l'effet de l'alcool.

A quarante quatre ans

Il est père d'une fille

De vingt neuf ans.

Il en ricane

Et injurie les femmes.

 

Pierrot. Engoncé dans un pardessus pied-de-poule,

Reste avachi sur sa chaise.

Echarpe lâche autour du cou,

Epaules basses, tête pendante,

Paupières lourdes, cernes noirs.

Le regard pourtant émerge lentement.

Pierrot va parler.

Il va dire qu'il sait l'Anglais, le Latin.

Il voudrait le gueuler

Pour montrer qu'il n'est pas une loque...

Mais aussitôt les épaules retombent

Et Pierrot ne fait que marmonner

Qu'il est écoeuré, que c'est dégueulasse.

 

Jean-Luc. Fumeur nerveux.

Grand, mince, longs cheveux noirs, jean et blouson.

Il vient pour manger

Et raconter son histoire.

Il était chômeur, elle a tout quitté pour lui :

Maison, mari, quatre enfants.

Ils ont vécu dehors, galéré pendant des mois.

Finalement une association d'aide aux sans logis

Leur a sous-loué un appartement.

Elle a trouvé un contrat emploi solidarité

Et lui un stage AFPA.

Mais le trente décembre

Elle est partie.

Elle est hébergée dans un foyer,

Il a dû rendre l'appartement.

Il est seul maintenant,

Mais veut croire encore

Qu'elle reviendra.

 

Le Marocain et le Sénégalais

Une salle pleine,

Les bruits de la rue.

Des cabines téléphoniques,

Des gens qui crient

Vers l'autre bout du monde.

Des tables, des chaises,

Des murs pas très propres.

Les souris qui s'agitent,

Les claviers qui marmonnent.

Des accents africains, arabe et wolof,

Des jurons dans l'excitation.

Beaucoup de jeunes désoeuvrés

Qui trouvent ici un abri,

Des copains, une ambiance.

Samir est Marocain,

Léopold Sénégalais.

C'est la première fois

Qu'ils bataillent ensemble

Face à l'ordinateur.

L'un s'énerve, l'autre rigole.

Le patron de la boutique

Les observe en souriant.

Il les aime bien,

Ces gamins tapageurs.

Il les laisse

S'exciter un peu

Mais au moindre chahut :

Dehors !

Il connaît Samir,

Il découvre Léopold.

- Eh toi, Léopold,

- De quel pays es-tu ?

L'autre esquisse un sourire,

Relève la tête.

Ses yeux pétillent de malice.

Il se sent bien ici,

Pas comme en classe

Où il est toujours renfrogné.

- Sénégal... J'suis Sénégalais,

- Ca se voit pas ?